Les appoints

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Les familles vivaient quasiment en autarcie : elles produisaient leur lait, leur viande, les légumes et fruits, et même l’huile et des fibres textiles (chanvre, laine…)

Aux Berres : le potager familial voisine avec les rangs de tabac (famille Revol) - Fonds R.M.D. / CCALes champs n’étaient pas larges, bordés de deux rangs de vigne (la treille) ; entre les deux rangs, un rang de fruitiers (des pêchers)
Chaque famille avait sa vigne, son champ de pommes de terre, des céréales, un potager, et quelques pieds de tabac pour l’argent liquide ; quelques bêtes pour la viande, les œufs et les laitages (cochons, vaches, poules…)


Polyculture vivrière

Après la guerre de 1914-1918, les conditions de vie s'améliorent sensiblement. Grâce à la polyculture et à l'élevage, on a de quoi manger.
Avec la culture du tabac, appelée par Pierre Fantin "le gagne-pain de Chamoux", on achète les produits alimentaires manquants, les vêtements et le matériel agricole qui facilite le travail, toujours effectué, comme par le passé, dans la chaleur de l'entraide communautaire.

Autrefois...Chamoux : Pierre Fantin

À cette époque où la terre faisait encore cruellement défaut, il fallait que le moindre mètre carré de sol soit exploité au maximum.
Les champs produisaient une deuxième récolte, une fois la première enlevée.
Exemples : blé suivi de maïs fourrager, de replants de betteraves, de choux, de cardons ou poireaux, pommes de terre suivies de raves ou de pesettes pour la nourriture des vaches à l'arrière-saison... Comme foin, la luzerne dominait nettement parce qu'on la fauchait trois fois pendant l'été. Au bout de quelques années, quand la luzernière commençait à rapporter moins, elle était remise en culture et remplacée par une autre.

Les cultivateurs actuels avec leurs grandes étendues de terres et leurs machines agricoles sophistiquées ont de la peine à imaginer ce qu'était la vie des paysans, quand presque tout le monde devait se nourrir du produit de ses champs et de son jardin.
On mangeait ce qu'on récoltait, l'argent était rare
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Autrefois...Chamoux : Léonie Francaz

Après la blache [en août], c'est la récolte des haricots.
En même temps que le maïs, on avait semé, dans chaque raie, des haricots à manger en grains. Ces haricots grimpants s'enroulent autour des tiges de maïs et se couvrent de nombreuses gousses. Ils sont mûrs avant le maïs, on les récolte au mois d'août. Encore une occupation pour les écoliers pendant les vacances !
Nécessitant peu de force mais de la patience et du soin pour dérouler les haricots sans casser les tiges de maïs, ce travail était réservé aux femmes et aux enfants. Le plus désagréable était le transport des petites brassées de haricots jusqu'au bord du champ à travers les maïs dont les feuilles aux bords tranchants nous agressaient le visage.

Autrefois...Chamoux : Léonie Francaz

La capture des grenouilles

La capture des grenouilles : Anselme Choudin, 1916 - Fonds G.D. / CCADans la première moitié du XXe siècle, la plaine était encore une zone particulièrement humide, voire marécageuse : habitat rêvé pour les grenouilles qui y pullulaient. Aussi on retrouve celles-ci dans la cuisine des Chamoyards simplement dorées à la poêle ou préparées en omelette.
La capture des grenouilles se faisait la nuit avec des lampes torches qui servaient à les éblouir et donc à les immobiliser. Elles étaient alors ramassées avec des râteaux avec de grandes dents en bois et rassemblées dans des sacs de jute.
Ramenées au domicile, on leur coupait la tête sur un billot fait maison pour ne garder que les membres inférieurs avant de les rincer puis de les dépecer On leur croisait ensuite les pattes pour les accrocher à un osier recourbé (photo). Les enfants étaient conviés à participer à ce travail.
Une fois dénudées, les cuisses de grenouilles étaient vendues rue du Sénat à Chambéry à un magasin «volailler et produits du terroir».
Le ramassage des grenouilles en grande quantité bien que non autorisé, était pratiqué cependant par quelques familles à très petits revenus et relevait alors plutôt du braconnage : sur la commune, trois familles, semble-t-il, s’adonnaient à cette activité et complétaient ainsi leurs maigres ressources.
Pour l’une d’entre elles, cette activité aurait permis petit à petit de se constituer un pécule suffisant pour s’offrir, vers 1958, une voiture à laquelle chacun avait rêvé au cours de soirées laborieuses …
Ce fut : une 4 CV !!!

M.T. / Le Collectif C.C.A.

1945: la guerre est finie, les prisonniers sont rentrés, le moral est revenu. Il va y avoir des naissances, et surtout du travail.
À Chamoux, les agriculteurs sont nombreux : uniquement des petites fermes, 3, 4 ou 5 vaches, sauf quelques exceptions. Les agriculteurs sèment de tout: haricots, maïs, pommes de terre. Ils tirent parti de tout; fruits, noix; et bien sûr, ils ont une basse-cour, avec des poules et leurs œufs, des poulets, des lapins.
Il faut bien vivre, il n'y a pas beaucoup d'argent; mais les gens ne sont pas malheureux.

Noël Guidet
A.Dh.